Guénaïs Bechikhi a 27 ans. Diagnostiquée d’un diabète de type 1 à l’âge de 16 ans et d’un trouble du spectre de l’autisme à 22 ans, elle n’a rien lâché. Aujourd’hui, malgré les difficultés, la jeune femme est entrepreneuse, artiste et mannequin, pas comme les autres.
« Je décrirais mon parcours comme brillamment chaotique »
Guénaïs porte plusieurs casquettes, mais aussi plusieurs facettes. Lunettes sur la tête et sourire aux lèvres, la jeune femme qui se tient devant nous révèle une force inhabituelle. Atteinte d’un diabète de type 1 depuis ses 16 ans et diagnostiquée d’un trouble du spectre de l’autisme, elle a été marquée par une enfance difficile due à de nombreux déménagements, mais n’a pourtant pas renoncé à accomplir de grandes choses. Elle le déclare elle-même, avec légèreté : « Depuis toute petite, j’étais sûre d’une chose : je deviendrais une star qui sauverait le monde ». Et cette volonté n’était pas que parole en l’air. Du haut de ses 27 ans, la jeune femme qui milite pour les droits des personnes vulnérables dans le secteur médico-social, cumule un palmarès impressionnant. Entrepreneuse, elle cherche à créer une entreprise ou une association pour aider les personnes en situation de handicap, mais aussi artiste, écrivaine, poétesse, oratrice et mannequin, ses talents multiples sont toujours portés par une volonté humaine et profonde. « La question de la souffrance humaine me travaillait, je rêvais de pouvoir guérir la souffrance des humains. De mes 16 à mes 22 ans, le diagnostic de mes nombreuses pathologies m’a fait prendre conscience que moi aussi, je souffrais énormément. Ainsi, ma question initiale n’était plus : « Comment aider les autres à ne plus souffrir ? », mais : « Comment me servir de mon parcours douloureux pour ne plus souffrir moi-même et ainsi aider d’autres personnes ? » déclare-t-elle avec nuance. Celle pour qui la communication n’est pas évidente, trouve dans l’art un moyen salutaire d’extérioriser ses souffrances, de communiquer de manière universelle, en dessinant ou écrivant ce qui pèse sur son cœur, lorsque la parole ne vient pas : « L’art permet de pouvoir dire, écrire et adoucir ce qui est difficile à vivre au quotidien, et donc de rendre beau ce qui est douloureux. » Elle ajoute : « L’art est une chose importante pour les patients. Je pense que le pouvoir de l’impact artistique est sous-estimé dans le domaine médical ».
Vivre avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) et un diabète de type 1
La réalité de la jeune femme semble pourtant loin d’être facile, et c’est de là que semble découler sa puissance. Elle nous confie avec réalisme : « Au quotidien, vivre avec ces deux handicaps n’est pas évident. Mon TSA engendre des troubles de l’oralité, donc je ne peux pas manger certains aliments. J’oublie parfois de m’alimenter ou de boire et je n’arrive pas à cuisiner ni à utiliser l’électroménager, et faire mes courses est une épreuve. Mes sensations corporelles peuvent être biaisées également. Je peux parfois ressentir très fort les hypoglycémies, ou parfois ne pas ressentir du tout une hypoglycémie à 0,40 g/l. » Toutes ces difficultés impactent fortement son équilibre glycémique : « Je suis perfectionniste, j’aimerais que mes glycémies soient toujours dans la norme, mais je n’arrive pas à m’alimenter correctement. » La jeune femme, qui vit seule, peine à obtenir une aide à domicile adaptée à ses besoins spécifiques. Malgré tous ces obstacles, Guénaïs semble avoir trouvé de nombreux ressorts pour transformer sa souffrance en force.
« Si je n’avais pas été diabétique, je n’aurais jamais choisi la voie du mannequinat »
Aujourd’hui pleinement en accord avec ses valeurs personnelles et ses ambitions professionnelles, Guénaïs a pourtant dû franchir de nombreuses étapes pour s’épanouir. Celle qui ne se déclare pas seulement mannequin, mais « mannequin atypique » parce qu’elle pose pour sensibiliser à la maladie et au handicap, arbore fièrement son pod et son capteur. Pourtant, elle n’a pas toujours assumé son diabète. Guénaïs confie : « Au début, je me cachais, par peur du regard des autres. Parfois, quand je sortais avec mes amis, je préférais finir à 4 ou 5 g/l plutôt que de me piquer en public. » Finalement, elle déclare : « Un jour j’ai décidé que je n’avais pas à me cacher, que cette maladie je ne l’avais pas choisi, et qu’elle faisait de moi une femme forte. Cette force, je voulais que les autres la voient. » Aujourd’hui, le mannequinat lui permet de montrer à toutes les personnes atteintes de diabète, qu’elles peuvent être belles et souriantes, peu importe la maladie ou la souffrance.
Guénaïs n’a pas fini de sensibiliser aux maladies et handicaps qui lui tiennent à cœur, en usant de ses multiples talents et de son intelligence hors du commun. Elle espère pouvoir aider d’autres personnes atteintes des mêmes pathologies en France, et pourquoi pas, dans le monde entier ! Nous quittons Guénaïs, le sourire aux lèvres, qui déclare avec bienveillance et authenticité :
« Pour que votre quotidien soit davantage supportable, je vous souhaite de tout mon cœur de pouvoir apprivoiser votre maladie ou votre handicap comme le Petit Prince apprivoise le renard. »
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